Séparation Bouddhisme Shintoïsme - Les violences des années 1870
- Lehmann - Estampes japonaises XIXème siècle

- 22 mai
- 4 min de lecture
L'estampe de Kuniyoshi présente le sanctuaire Shinto de Kameido à Tokyo :

Ce sanctuaire Shinto était également dédié au 13e grand prêtre Bouddhiste du temple Enryaku-ji, illustrant l'intégration du Shintoisme avec le Bouddisme pendant plus de 10 siècles.(voir le Post sur le sanctuaire de Kameido)
La Restauration Meiji
En 1868, la victoire des "modernistes" favorable à l'ouverture du Japon au monde se traduit par un renforcement du rôle de l'Empereur.

Pour réaliser les idéaux de « restauration du pouvoir impérial » et d'« unité de la religion et de l'État » plusieurs directives, connues collectivement sous le nom de Décret de séparation shinto-bouddhiste furent publiées :
« L’empereur étant un descendant des dieux, il doit leur vouer un culte exclusif, et il n’est pas convenable de vénérer à la fois les dieux et les Bouddhas. »
En parallèle, des fêtes nationales en lien avec l'Empereur sont instituées et toutes les fêtes sans lien avec l'Empereur sont abolies.
Mais la décision ne fut pas seulement politique, elle se traduisit par une spoliation des temples bouddhistes et par une violence antibouddhiste de la part des nationalistes.
Cette politique se déclina en 3 volets :
1) Séparation Bouddhisme-Shintoïsme
2) Confiscation des terres
3) Pillage et destruction de temples
1) La Séparation Bouddhisme-Shintoïsme
Comme les Japonais savent bien le faire, des orientations très opérationnelles furent définies et mises en place :
Les portes torii en bois non peintes du sanctuaire peuvent rester en l'état, mais celles qui sont peintes doivent être remplacées par des portes en bois non peintes. Dans ce cas, les extrémités des traverses inférieures des portes torii ne doivent pas dépasser.
Les statues bouddhistes du sanctuaire doivent être remises au temple en présence d'un responsable du village, en veillant à ce qu'elles ne soient pas endommagées.
Les divinités shintoïstes des temples doivent être remises au sanctuaire de la même manière.
Une fois ces formalités accomplies, un reçu doit être remis par le responsable du temple ou du sanctuaire.
Les temples ayant reçu un nouveau nom bouddhiste doivent immédiatement préparer une plaque commémorative.
Si le bâtiment est un édifice abritant un sanctuaire, il doit être reconstruit en temple ou en pagode, et le sanctuaire doit être reconstruit ailleurs.
Les statues de chiens du sanctuaire peuvent rester en l'état, mais les statues de lions chinois doivent être retirées immédiatement.
2) La confiscation des terres
A Kyoto des statistiques précises montrent les spoliations qu'ont subies les temples bouddhistes : jusqu'à 90% des terres ont été confisquées.
TEMPLE | Terrain possédé en 1867 (hectares) | Terrain possédé après séparation (hectares) |
KODAI-JI | 30 | 4,5 |
KIYOMIZU-DERA | 48 | 5,2 |
HIGASHI HONGAN-JI | 15 | 5,7 |
SHOKOKU-JI | 21 | 8,1 |
DAITOKU-JI | 21 | 7,4 |
KURAMA-DERA | 108 | 7,4 |
KINKAKU-JI | 220 | 81 |
CHION-IN | 18 | 13 |
KENNIN-JI | 17 | 7,2 |
Les célèbres Kinkaku-ji, Kiyomizu-dera et Kurama-dera victimes des spoliations :
3) Le pillage et la destruction de temples par le mouvement Haibutsu Kishaku : "Abolition du bouddhisme et Destruction des objets bouddhistes".
Quelques exemples des "exploits" de ce mouvement :
Destruction des temples de Kofuku-ji à Nara :
En décembre 1870, tous les terrains furent confisqués, les bâtiments tous détruits (plusieurs dizaines de temples et de sous-temples, et l'activité des moines totalement interdite).

Destruction totale en 1874 du bâtiment principal du temple Zojo-ji à Tokyo :

D'autres bâtiments du temple furent confisqués pour être transformés en institut de formation des prêtres Shinto.
Dans l'ensemble du Japon, quatorze temples importants, chacun siège d'une secte (d'un ordre) bouddhiste et à la tête d'un réseau de temples affiliés ont été ciblés par les nationalistes du Haibutsu Kishaku.
Exemple de sept temples détruits puis reconstruits
Le cas particulier du Sud du Japon (Kyushu)
Dans le sud du Japon (Kyushu) les destructions ont été généralisées : dans le domaine de Satsuma (Kagoshima et une partie de Miyazaki), les 1 066 temples furent entièrement détruits entre 1868 et 1876 , ne laissant aucun édifice intact.
Le gouverneur de cette région (Shimazu Nariakira) fut un pionnier de l'occidentalisation de l'industrie et des affaires militaires. Il est reconnu pour avoir mis en place des projets d'usine de navires et de canons, et considéra le maintien des temples bouddhistes comme un obstacle à la modernisation: l'utilisation de la cloche du temple Kōzenji de Bōtsu-chō pour fabriquer des canons, devint le symbole du mouvement anti-bouddhiste à Kagoshima.
Aujourd'hui, on ne trouve plus dans la Préfecture de Kagoshima que 460 temples contre 4 600 dans la Préfecture d'Aichi (centre du Japon), d'une taille similaire.
C'est pourquoi, en se promenant dans Kagoshima, on peut voir partout des panneaux indiquant « Site du temple XX ». Même en visitant ces sites de temples, dans la plupart des cas, il ne reste aucune trace du temple, et la zone a été remplacée par des quartiers résidentiels.
Comme à Tamaryu où à la place du temple, on trouve un lycée professionnel (ne subsiste que le cimetière).

Quand les temples n'étaient pas détruits, des statues de divinités bouddhistes ont été vandalisées :
Ironiquement le temple Fukushoji à Kagoshima où en 1549, Saint François-Xavier a résidé a été totalement détruit et jamais reconstruit.

Et en 1873, l'interdiction du Christianisme a été abolie...




























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