L'introduction du Bouddhisme : Une guerre civile au VIème siècle
- Lehmann - Estampes japonaises XIXème siècle

- 15 avr.
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Dernière mise à jour : 24 avr.
L'estampe de Hiroshige présente le sanctuaire de Benzaiten à Tokyo

Ce sanctuaire actuellement Shinto a été jusqu'en 1868 à la fois Sanctuaire Shinto et Temple Bouddhiste.
C'est un exemple du syncrétisme religieux japonais (Shinbutsu), également appelé "Mélange des Kamis et des Bouddhas", lié à l'introduction du Bouddhisme à partir du VIème siècle.
Le syncrétisme Shinbutsu en quelques images
Un exemple concret est présenté dans cette photo où au premier plan on voit un Torii (portique Shinto marquant la séparation entre le profane et le sacré) et la pagode, bâtiment bouddhiste, dans l'ensemble religieux Toshogu à Nikko.

Autre exemple, la divinité Shinto Hachiman était la manifestation du Bouddha.

Contrairement aux idées reçues sur le Japon qui présentent les évolutions du Japon comme "un long fleuve tranquille", cette introduction s'est faite à la suite d'une guerre civile où les "pro-bouddhistes" l'ont emporté.
Une guerre civile de plus de 30 ans
En 552 (certaines sources indiquent 538), des statues et des écritures bouddhistes sont offertes à l'empereur Kinmei, en provenance de Chine. C'est l'introduction officielle du bouddhisme.
Emmerveillé par les statues, l'empereur Kinmei consulta ses ministres quant à une éventuelle conversion au bouddhisme.

Soga no Iname (ministre dont les deux filles ont été successivement mariées avec Kinmei) lui conseilla de l'accepter, déclarant :
« Tous les pays à l'ouest (de la Chine à l'Inde) se sont convertis, et le Japon ne peut pas être le seul à s'en détourner.»

Mais deux autres ministres, Mononobe et Nakatomi s’y opposèrent, affirmant :
« Il y a 180 dieux au ciel et sur la terre au Japon, et vénérer des dieux étrangers attirera la colère des dieux locaux»

L'empereur Kinmei abandonna l’idée de conversion et autorisa le culte privé et la construction de temples. Il offrit une statue bouddhiste à Soga, qui avait exprimé le désir de se convertir.
Peu après que Soga eut installé une statue bouddhiste dans sa résidence privée et l'eut transformée en temple, une épidémie éclata.
Les clans Mononobe et Nakatomi affirmèrent que le désastre était dû au culte que Soga pratiquait envers des divinités étrangères, s'attirant ainsi la colère des dieux locaux.
Les clans Mononobe et Nakatomi incendièrent le temple et jetèrent la statue dans le canal Horie à Naniwa (Osaka).

Le conflit se poursuivit sur plusieurs générations, jusqu'en 587 où le clan Soga anéantit les clans Mononobe et Nakatomi, et le bouddhisme gagna en influence.
L'épidémie attribuée à la « malédiction » de l'adoption du bouddhisme, était en réalité la variole.
Cette différence d'attitude entre les puissants clans s'explique par le fait que les clans Mononobe et Nakatomi, étaient impliqués dans les rituels shintoïstes à la cour impériale, et voulaient conserver leurs privilèges, tandis que le clan Soga, engagé dans la diplomatie, était favorable à l'acceptation du bouddhisme.
Les conséquences de la victoire des "pro-bouddhistes": généralisation des "Temples-Sanctuaires"
Suite à cette victoire, se développèrent les "Temples-Sanctuaires" (神宮寺Jinguji), à la fois Shinto et Bouddhistes.
Le premier d'entre eux sera celui de Usa (à Kyushu)

Lorsque les Japonais comprirent que Bouddha possédait des caractéristiques différentes de celles des dieux japonais, ils en vinrent à considérer les dieux shintoïstes comme une forme d'êtres perdus sous l'autorité de Bouddha. Ces dieux, à l'instar des humains, aspiraient à échapper à la souffrance et recherchaient la libération en s'en remettant au salut de Bouddha
Pour soulager ces souffrances , des temples furent construits près des sanctuaires, devenant ainsi les temples Jinguji, et des prières bouddhistes étaient récitées devant eux, mais malgré une unification partielle, des tensions persistèrent, chaque courant cherchant à préserver son indépendance.
Le Bouddhisme prônant des actes altruistes et le détachement des biens matériels, les temples bouddhistes échappaient à toute forme d'impôt.
Les désaccords entre les spécialistes
Encore aujourd'hui, les spécialistes divergent sur la prééminence et/ou la préexistence des deux religions.
La prééminence du Shintoisme
Selon certains chercheurs, le shintoïsme a existé en tant que telle de façon continue depuis la préhistoire et se compose de tous les rituels et croyances japonaises particulièrement façonnés par l'histoire du Japon de la Préhistoire à nos jours.
Le terme « shinto » lui-même est inventé au VIe siècle afin de différencier la religion locale plus ou moins organisée du bouddhisme importé.
La prééminence du Bouddhisme
Le point de vue opposé de l'historien japonais Toshio Kuroda fait valoir que le shintō comme religion indépendante naît seulement à l'époque moderne après avoir émergé au Moyen Âge comme une ramification du bouddhisme.
Le shintō en tant que religion distincte est une invention des idéologues nationalistes japonais de l'ère Meiji]. Il montre comment la formalisation par l'État des rituels kamis et le classement par l'État des sanctuaires shintō entre les VIIIèmes et XIIèmes siècles sont un effort pour expliquer les croyances locales en termes bouddhistes.




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