Soyeux Destins franco-japonais et Louis Pasteur

L'industrie de la Soie sera au milieu du XIXème siècle l'occasion d'un rapprochement très important entre la France et le Japon : le Japon permettra la survie de l'industrie de la soie à Lyon, et la France permettra la création d'une industrie moderne de la soie au Japon.
Mais indirectement ces évènements auront des répercussions majeures sur la santé humaine, grâce à Louis Pasteur.
1855–1865 : la maladie des vers à soie en France
L'ouverture des contacts entre la France et le Japon coïncida avec une série de catastrophes biologiques en Europe.
Dans les années 1850, une maladie appelée pébrine ravage les élevages de vers à soie en France, notamment dans les Cévennes. La production de cocons s’effondre, menaçant l’approvisionnement des fabricants lyonnais.
Lyon est alors l’une des grandes capitales mondiales de la soie : ses négociants et ses fabricants ont besoin d’énormes quantités de matière première pour alimenter leurs ateliers.
Ils se tournent vers le Japon, dont les élevages fournissent des œufs de vers à soie, appelés à l’époque graines de vers à soie. En 1860, 84% de la soie brute utilsée à Lyon est importée du Japon.
Ainsi, la France devient le premier importateur de soie japonaise, absorbant plus de 50 % de la production de soie brute du Japon entre 1865 et 1885.

En 1862, 12 Lyonnais (dont 10 négociants en soie) résident à Yokohama.
Cet important commerce de la soie entre Lyon et Yokohama a entrainé l'ouverture d'une succursale à Lyon de la première banque spécialisée dans les échanges de commerce international, la « Yokohama Shôkin Ginkou ».
Un des premiers consulats du Japon en Europe a été ouvert à Lyon, de même que la première banque japonaise en France.
Contribution de la France à la modernisation de l'industrie japonaise de la Soie.
Ces liens conduiront le gouvernement japonais à choisir la technique française pour moderniser l'industrie de la soie. En 1871, il fait appel à l’ingénieur français Paul Brunat, originaire de Bourg-de-Péage, dans la Drôme, pour superviser la construction d'une filature de soie moderne.

La filature de Tomioka (100 km au nord ouest de Tokyo) sera inaugurée en 1872.
Cette usine utilise des techniques industrielles françaises pour produire une soie de qualité régulière à grande échelle.

Elle devient un symbole de la modernisation du Japon pendant l’ère Meiji.
Brunat supervise à la fois la construction de l'usine, l'implantation des machines (françaises), l’organisation des ateliers, la formation des ouvrières et les techniques de production.

Fermée en 1987, elle est le seul site japonais de production industrielle de l’ère Meiji encore en parfait état. Elle a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en juin 2014.
Subsiste encore la maison de Paul Brunat qui y résida avec son épouse et ses deux filles.

Une cave au sous-sol permettait de conserver des denrées alimentaires dont du vin. Les Japonais de Tomioka n'ayant jamais vu de vin, une rumeur disait que les Français buvaient le sang des ouvrières, rendant difficile l'embauche de celles-ci.
Le titre de Soyeux Destins fait donc référence à un épisode de l'histoire commune de la France et du Japon. Il a été imaginé par le Consul du Japon à Lyon.
Mais cet épisode de la maladie du ver à soie permettra indirectement des avancées majeures en matière de santé humaine, car il incitera le jeune chimiste Louis Pasteur à s'intéresser aux maladies des êtres vivants.
Le rôle de Louis Pasteur dans la gestion de la maladie de la soie, et l'impact de ces recherches sur ses découvertes futures en matière de santé humaine.
Les œufs japonais ne constituent pas, à eux seuls, un remède définitif à la pébrine. Leur importation permet de renouveler les élevages, mais ne constitue pas un remède contre la maladie.
Les Soyeux cherchent donc à maîtriser la maladie.
Louis Pasteur, né en 1822, après des études à l'Ecole Normale Supérieure, est dans les années 1850 professeur de Chimie et de Physique. Il s'intéresse à la fermentation et démontre que celle-ci est causée par des micro-organismes (et non pas par la génération spontanée).
A cette époque il n'a jamais travaillé sur les êtres vivants.

En 1865, à la demande d'un ancien Ministre de l'Agriculture (qui fut son professeur à l'ENS), il se rend à Alès pour étudier la maladie des vers à soie.
Au microscope (dont il était un pionnier) il observe les caractéristiques des vers malades et démontre que la pébrine est une maladie héréditaire et contagieuse.

Pour préserver l'élevage de vers à soie, il met au point la méthode du grainage cellulaire : il isoles les femelles papillons pour leur permettre de pondre séparément.
Après la ponte, il broie la femelle papillon et l'examine au microscope.

Si il observe la présence de corpuscules brillants il détruit les œufs, sinon il les conserve pour poursuivre l'élevage.
Le succès de la démarche de Pasteur conforte son aura, mais surtout contribue à modifier significativement son itinéraire de scientifique : le chimiste, qu'il a été, s'investira dans la biologie.
Le ver à soie l'a mis sur la route des maladies animales, puis celles de l'Homme : il travaillera sur la rage entre 1880 et 1885, date à laquelle le vaccin sera mis au point et administré pour la première fois.
C'est ainsi qu'évolutions historiques industrielles se mêlent aux avancées de la santé humaine.





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