Ere Shotoku (1711-1716) - Mettre fin à une règlementation absurde et à une politique économique laxiste
L'estampe de Toshikata, présente des belles dames de l'ère Shotoku (1711-1716), soit au milieu de la période Tokugawa. Cette période qui dura de 1600 à 1868 et qui est surtout connue par la fermeture complète du pays est souvent présentée comme une période de prospérité "tranquille" et sans à coup.

Il n'en est rien : en cette fin du XVIIème siècle le Japon est confronté à des problèmes de déficits de finances publiques majeurs et à des règles administratives absurdes.
Deux raisons majeures derrière la situation dégradée :
1- une règlementation absurde
Une règlementation absurde mise en place à partir de 1680 par le cinquième Shogun de la dynastie Tokugawa, Tsunayoshi (surnommé le Shogun Chien) :

Né l'année du Chien, grand amateur de chiens, il promulgua « l'Édit de compassion pour les êtres vivants », qui interdisait de tuer les êtres vivants, particulièrement les chiens et les chats.
En 1695, la population canine était si nombreuse qu'Edo commença à dégager une odeur nauséabonde : plus de 80 000 chiens furent hébergés dans des chenils situés en périphérie de la ville. Chaque chien recevait quotidiennemnt 20 cl de riz, 200g de pâte de haricots et 6cl de sardines.
Le plus grand d'entre eux était à Nakano (quartier à l'ouest d'Edo), d'une superficie de 75 hectares en 1702.

L'entretien de ces chenils et l'hébergement des chiens commença à peser significativement sur les finances publiques.
Cette loi absurde eut également un impact majeur pour les agriculteurs aux prises avec les nuisibles qui proliféraient.
2 - une politique économique laxiste.
Dans les années 1690, l'économie japonaise est confrontée à une baisse de la production d'or et d'argent réduisant les recettes fiscales des autorités incapables d'émettre de la monnaie et de bénéficier d'un droit de frappe :
Plutôt que de rechercher des économies et de relancer la production de métaux précieux, en 1695 les autorités décident de retirer la monnaie de haute pureté en circulation et d'émettre une monnaie à teneur en or et en argent réduite.
La teneur en or est réduite de 84% à 57% !
1601 à 1695 | 1695 à 1712 | |
Pièces d'or (Koban) | 84,29% | 57,37% |
Pièces d'argent | 80% | 64% |

Cette politique de facilité entraîna une perte de confiance dans la monnaie, une inflation galopante, et une dévaluation induite et in fine une dégradation des Finances publiques.
Aucune amélioration de la production du pays n'a été constatée.
Les réformes Shotoku
Tokugawa Tsunayoshi décède en 1709, sans successeur.
Son neveu Tokugawa Ienobu lui succède mais décède en 1712, laissant son fils (Tokugawa Ietsugu) de 4 ans comme successeur.
Arai Hakuseki, haut fonctionnaire, érudit du confucianisme prend la fonction de régent.

Face à la situation économique, Hakusaki engage des réformes avec trois objectifs :
Retour à une monnaie de qualité :
La pièce d'or de l'ère Shotoku (Shotoku Koban) revient à une teneur en or plus élevée : 87% (encore plus forte que celle de 1600).
Promotion de la production de riz et de soie :
Pour assurer le bien être de la population, Hakuseki prend des mesures pour développer la production de riz, et il soutient le développement de la production de soie (à l'origine exclusivement chinoise) qui recèle un fort potentiel : les techniques de production ont été perfectionnées et les motifs traditionnels, comme la fleur de cerisier, sont devenus populaires.
Lutte contre les exportations d'or et d'argent
Bien que le Japon soit soumis à une politique d'isolement national, le commerce est autorisé uniquement avec les Pays-Bas et la Chine. Ces échanges nécessitent d'importantes quantités d'or et d'argent : Hakuseki a calculé que 75% de l'or et 25% de l'argent ont été utilisés dans ce commerce et n'étaient plus disponibles au Japon.
Hakuseki restreint le commerce en limitant le nombre de navires néerlandais (2 au maximum) et chinois (30 au maximum) pouvant faire du commerce avec le Japon.
Cette loi reste en vigueur jusqu'en 1818. (plus de 100 ans).
Abrogation de l'Edit sur la compassion pour les êtres vivants
Les résultats de ces réformes :
Les historiens sont partagés sur l'effet de ces réformes : la hausse de la teneur en or aurait provoqué une baisse de la monnaie en circulation et une baisse des prix du riz.
Mais la pérennité de ces politiques laissent plutot penser à une réussite : la loi sur la teneur en métaux précieux restera en vigueur plus de 25 ans (jusqu'en 1736) et la loi sur le commerce extérieur plus de 100 ans (jusqu'en 1818).
Une belle durée de vie pour une politique économique !





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