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Le Tokaido (3) : Enoshima

Dernière mise à jour : 6 oct. 2023

L'île d'Enoshima (la troisième étape de notre voyage) est représentée deux fois dans la série de 1863 (Processionnal Tokaido) par Sadahide, la première de depuis la plage de Yuigahama, la seconde depuis la baie dans laquelle se trouve l'île.


Yuigahama

Enoshima

Sa localisation est indiquée par le point rouge



Le site en 1863

Une photo datée de 1876 montre une île encore isolée.


Depuis la nuit de temps, le caractère singulier de cette petite île et surtout la vue en arrière plan sur le mont Fuji en ont fait un lieu mythologique. La légende prétend qu'en avril 552 (sous le règne de l'empereur Kinmei), des grains de sable sont remontés des fonds marins, se sont agglomérés pour former en 21 jours l'île.

Depuis l'an 700 et la visite d'un ermite commandant les démons (Ennoguyoja) l'ensemble de l'île est sacré. La présence d'une grotte marine propice à la méditation l'ont conforté comme un lieu de formation religieuse.


En 814, Kobo Daishi (un des plus importants prêtres bouddhistes de l'histoire du Japon) s'est rendu dans cette grotte pour prier. Depuis on ne compte plus les visites de saints, d'empereurs et de shoguns sur l'île.


En 1859 le traité de commerce et d'amitiés Américano-japonais est signé. Il autorise les résidents étrangers à résider et à se déplacer dans un rayon de 40 km autour de Yokohama. L'île étant l'intérieur de cette limite, les visiteurs étrangers attirés par la beauté du site seront nombreux.

Un savant américain (Edouard Morse) fondera le premier laboratoire marin du Japon.


Le site aujourd'hui

La plage de Yuigahama et Enoshima en deuxième plan, et le Mont Fuji au fond.


Vue depuis Kamakura


A gauche se trouve port de plaisance, très "huppé" qui a accueilli les épreuves de voile des Jeux Olympiques de 1964 mais aussi ceux de Tokyo 2020. Un pont pour les véhicules a été construit en 1962.

Ces travaux ont agrandi la surface de l'île de 1,5 fois!


Sur les deux photos, l'urbanisation a légèrement progressé...


Une anecdote


Un temple bouddhiste datant du VIIIème siècle (le Kinki-yoganji) est transformé en sanctuaire shinto.

Il est "victime" de la "séparation du bouddhisme et du shintoisme" décidée en 1869 par le gouvernement Meiji (en fait les nationalistes qui voulaient se défaire des influences étrangères (le bouddhisme) en mettant en valeur la religion "indigène" (le shintoisme).


Concrètement les lieux de culte étaient à fois bouddhistes et shintoistes. (voir le post sur le syncrétisme japonais).


Suite à cette décision, chaque lieu de culte deviendra soit un temple (bouddhiste) soit un sanctuaire (shinto)

Et comme les Japonais ont le sens du concret, la mise en oeuvre de cette politique se décline selon 7 règles précises* :

1) Les sites qui deviennent bouddhistes doivent immédiatement préparer une carte suspendue avec le nom de Bouddha écrit dessus.

2) Les sanctuaires shinto peuvent conserver le torii en bois brut mais le torii peint doit être remplacé par du bois brut

3) Les statues de Bouddha dans les sanctuaires doivent être sorties des sanctuaires et remises aux temples.

4) Les objets des kami (divinités shinto) présents dans les temples doit être remis aux sanctuaires.

5) Il faut établir un reçu signé soit par le temple soit par le sanctuaire

6) En cas de construction d'un sanctuaire shinto, faites en une pagode,

7) Dans un sanctuaire, les statues de chien peuvent être laissées mais les statues de lion (chinois) doivent être retirées immédiatement .


* 7 étant un chiffre magique dans le shintoisme, dont le haut du panthéon, par exemple, est constitué par les 7 divinités du bonheur.


Ce mouvement de séparation bouddhisme-shintoisme était aussi un mouvement anti bouddhisme. Il s'est accompagné de violences et de destruction de statues de bouddha comme l'illustre la photo ci-dessous où les têtes ont été démolies :




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