top of page
紅橋 KOKYO

Le Tokaido (20) - Totsuka - La première mission diplomatique japonaise (1860)




L'estampe de Hiroshige, cinquième estampe de la série culte de 1833-1834 appelée Grand Tokaido présente le relais de Totsuka, aujourd'hui quartier de Yokohama.

Le point rouge indique la localisation du relais de Totsuka. Situé à 28 kilomètres de Tokyo, il pouvait être atteint en une journée par les plus valeureux des voyageurs.


Totsuka aujourd'hui


On reconnaît sur une photo de 1920 le relais sur la gauche ainsi que le pont sur la droite de la photo.

en 1920
en 1920

Aujourd'hui, un nouveau pont a remplacé l'ancien et le relais a disparu.

en 2025
en 2025

Le point rouge indique la localisation du relais qui est aujourd'hui une zone densément urbanisée. Totsuka est maintenant une partie de la ville de Yokohama (3,5 millions d'habitants).

en 2025 - vue aérienne
en 2025 - vue aérienne

L'anecdote (ou plutôt le fait historique majeur).

La ville de Yokohama est doublement impliquée dans la première mission diplomatique japonaise à la fin de l'ère Edo :

1) Le port de Yokohama fut le port de départ de la mission vers les Etats-Unis

2) Le ministre plénipotentiaire commandant cette mission venait de cette région


Après 250 ans d'isolement, c'est la première mission diplomatique organisée par le Japon.


En 1860, la mission diplomatique forte de 77 personnes (!) quitte Yokohama pour les Etats-Unis pour négocier les conditions pratiques du "Traité d'Amitié et de Commerce entre les Etats Unis d'Amérique et l'Empire du Japon". En effet, le groupe comprend 3 diplomates de haut rang, 17 fonctionnaires(dont 2 médecins et 1 chirurgien) , 51 domestiques et 6 cuisiniers, soit un total de 77 personnes.

Cependant, l'un des cuisiniers, souffrit d'une récidive de sa syphilis chronique en mer et retourna au Japon. Seules 76 personnes se rendront à Washington.


Noter la précision de la chronique officielle de la mission qui mentionne la maladie du pauvre cuisinier et le fait que les Japonais savent engager des moyens importants pour des sujets prioritaires.



Le ministre plénipotentiaire est un haut fonctionnaire des Affaires Etrangères Shinmi Masaoki, qui sera décrit par ses interlocuteurs américains comme « un homme de peu de mots mais avec un comportement doux et compatissant, et extrêmement accessible », « possédant un tempérament paisible et un cœur bon », et « très raffiné, rappelant les caractéristiques universelles de la haute société ».

Shinmichi Masaoki (au centre)
Shinmichi Masaoki (au centre)

Le premier des "Traités inégaux" : la pression des Occidentaux

Ce traité (premier entre le Japon et un pays étranger) est emblématique des "Traités Inégaux" (appelés ainsi par les Japonais qui n'auront de cesse de les abolir).

Initialement les Japonais refusent d'envisager de signer un traité "humiliant", mais l'invasion de la Chine par un corps expéditionnaire Franco-Britannique, leur fait craindre d'être la prochaine proie des Franco-Britanniques. Ils acceptent donc le principe du Traité avec les Américains en 1858, ce qui leur garantit une "protection américaine" contre les Franco-Britanniques. Mais afin d'envoyer une mission observer le développement des Etats-Unis, il demandent que le Traité soit signé à New-York.


Exemples du caractère humiliant du traité... :

1) Les citoyens américains qui commettent des crimes contre des citoyens japonais seront jugés par un tribunal consulaire conformément au droit américain.

2) Les droits de douane sont de 20% pour les importations vers le Japon et de 40% pour les importations vers les Etats-Unis. (165 ans avant l'ère Trump)


...et aussi de la logistique :

Les Japonais ne disposant pas de bateaux permettant de traverser le Pacifique, ils sont obligés de solliciter la Marine américaine qui met à leur disposition une frégate militaire à roues à aubes, l'USS Powathan.

Après quatre mois de voyage avec des escales à San Francisco et Panama, la délégation japonaise arrive à New York, où elle est reçue en grande pompe par le Président Buchanan

Les instruments de ratification du traité sont échangés le 22 mai 1860.


Exemples de résultat indirect de la mission :

La mission avait également pour mission d'étudier plusieurs aspects de l'industrie américaine : lors de leur séjour à New York, la délégation demanda à plusieurs reprises à loger près d'un chantier naval.

Un des fonctionnaires de la mission déclare clairement : « Premièrement, si notre pays devait se doter d'une marine, séjourner au chantier naval nous permettrait d'observer de près les rouages ​​de la construction navale et nous serait d'une grande utilité.»

La délégation japonaise en visite dans un chantier naval
La délégation japonaise en visite dans un chantier naval

De retour au Japon, Oguri Tadamasa un membre de la mission occupa diverses fonctions, notamment celles de commissaire aux Finances, à l'Infanterie, à l'Armée de terre et à la Marine.


Son plus grand accomplissement, avant sa mort prématurée en 1868, fut la réalisation, du chantier naval de Yokosuka grâce à l'observation des méthodes américaines.

Yokosuka fin XIXème
Yokosuka fin XIXème

Le chantier naval est devenu dans les années 1920 une base navale. Aujourd'hui cette base navale de Yokosuka héberge le Quartier Général de la Marine Japonaise et le Quartier Général de la Flotte américaine du Pacifique.

Yokosuka aujourd'hui
Yokosuka aujourd'hui

La mission découvrira également les locomotives à vapeur.

En 1872 sera inaugurée la première ligne ferroviaire Tokyo-Yokohama.

Entrée du train en gare de Yokohama
Entrée du train en gare de Yokohama

En synthèse cet évenement est historique à plusieurs titres :

  • première mission en 250 ans

  • déroulement dans un contexte humiliant pour le Japon

  • transformation par les Japonais d'une simple mission diplomatique en mission d'étude et d'apprentissage

  • intervient 8 ans avant la restauration Meiji


En ayant permis aux autorités japonaises de découvrir la puissance de la technologie et de l'industrie de l'Ouest, elle a renforcé la position des "modernistes", partisans de l'ouverture et de la modernisation du Japon qui interviendra en 1868.


Elle montre que cette modernisation est le résultat d'un processus d'accumulation de connaissances qui s'est étalé sur plusieurs années, et qui est caractéristique des évolutions du Japon.


Commentaires


bottom of page